Tisserand de la compréhension du devenir
Conférencier, expert et auteur

Actualité - De l'Etre au Devenir - Juin 2019

Dernier mois du Journal philosophique et spirituel de Marc Halévy.

 

Le 01/06/2019

 

Il faut accélérer la disparition du salariat. Chacun est sa propre entreprise. L'autonomie professionnelle de chacun est incontournable. Exemple : les chauffeurs VTC ne travaillent pas pour Uber, mais avec Uber, au moyen d'Uber ; ils sont bien les clients de cette plateforme et non ses salariés !

Le contrat d'emploi salarié fut une grande idée, il y a cent ans ; il est une calamité aujourd'hui.

L'ubérisation, c'est la déssalarisation en marche. Il nous faut entrer d'urgence dans un monde de personnes totalement autonomes et sortir de l'ancien monde des "sécurisés", des "assistés".

 

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Ce soir, mon ami Michel Serres a quitté ce monde à 88 ans.

Je suis très triste, Michel !

De lui :

 

" Qu’est-ce donc que la culture? Ce qui permet à l’homme de culture de n’écraser personne sous le poids de sa culture. Et donc oui, je confesse avoir chahuté toute ma vie, par dérision envers les hiérarchies lourdes ou sottes et pour honorer la pensée vive et libre, mais j’ai aussi obéi toute ma vie. Le moins possible à la grosse bête sociale, toujours aux choses elles-mêmes. J’ai tenté de ne jamais tricher. Car obéir consiste à se soumettre aux lois des choses comme telles alors que tricher consiste à se soumettre aux lois conventionnelles des hommes en les contournant. Tout mais pas cela dis-je, mieux vaut perdre que tricher."

 

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Le 02/06/2019

 

De mon ami Jacques Carletto :

 

En communication ce qui est important n'est pas ce que l'on dit mais

  1. Ce que l'autre comprend.
  2. Ce qu'il croit comprendre.
  3. Ce qu'il veut comprendre.

 

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De Michel Serres :

 

"Nous avions cru mourir de totalisation,

voici que nous pouvons périr d'émiettement."

 

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Le 03/06/2019

 

Le problème n'est pas celui de l'espérance en un "monde meilleur", mais bien celui de l'urgence d'un homme meilleur dans le monde réel tel qu'il est.

Le problème n'est pas le monde. Le problème, c'est l'homme.

 

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D'Olivier de Kersauson :

 

"Le jour où je vais disparaître, j’aurai été poli avec la vie car je l’aurai bien aimée et beaucoup respectée. Je n’ai jamais considéré comme chose négligeable l’odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis. Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés. Le passé c’est bien, mais l’exaltation du présent, c’est une façon de se tenir, un devoir. Dans notre  civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l’on voudrait avoir, on ne s’émerveille plus de ce que l’on a. On se plaint de ce que l’on voudrait avoir. Drôle de mentalité ! Se contenter, ce n’est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l’on a, c’est un savoir-vivre."

 

Qui dit (encore) mieux ? Merci, Olivier !

 

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La modernité fut européenne, il est vrai ; et, dès 1492, l'Europe exporta sa modernité partout dans le monde, surtout dans les Amériques, en Afrique et au Japon (elle glissa sur l'Inde comme l'eau sur l'aile du canard ; elle pénétra peu en Chine qui n'en voulait pas).

Oui, la modernité fut européenne. Et la modernité, c'est fini. Est-ce à dire, avec les déclinistes, que l'Europe, c'est aussi fini ? Rien n'est moins vrai. L'Europe, ce n'est pas que la modernité. L'Europe est déjà en train de sortir (péniblement, il est vrai) de la modernité, ce qui n'est pas du tout le cas (ni ne sera vraiment le cas) ni en Amérique du Nord, ni en Chine, ni au Japon dont les modèles de fond restent profondément ancrés dans le paradigme financiaro-industriel et technologique.

 

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Les mathématiques se subdivisent, classiquement en arithmétique (étude des nombres), en géométrie (étude des figures), en algèbre (étude des équations), en analyse (étude des fonctions), en topologie (étude des structures), etc.

Mais cet ensemble de disciplines n'est qu'apparemment multiple. En fait, il s'agit d'un ensemble de langages qui disent la même chose, selon des points de vue différents.

Mais ce qui est étrange dans le monde des mathématiques, c'est qu'il soit purement conventionnel et que ces conventions qui le fondent sont les mêmes pour tous les hommes.

La mathématique est le seul langage humain qui soit universel !

 

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Le relativisme conduit au nihilisme.

Toutes les opinions, toutes les croyances, toutes les religions, toutes les théories, toutes les idéologies, toutes les cultures, toutes les morales, toutes les civilisations, toutes les techniques, toutes les sciences, etc … ne se valent pas. Et si elles ne se valent pas, il faut en conclure qu'elles ne sont pas égales.

Et si elles sont inégales, il faut en inférer que certaines valent mieux que d'autres.

Le critère universel qui permet de les comparer et de les évoluer les unes et les autres, n'est pas l'idée de "vérité" (la vérité est extérieure à l'homme), mais bien leur niveau de cohérence tant extérieure (par rapport aux manifestations du Réel) qu'intérieure (par rapport aux contradictions de la Logique).

 

Ainsi, de nos jours, il n'y a que trois foyers civilisationnels de haut niveaux.

Il y a la civilisation judéo-helléno-chrétienne dans le monde européen. Il y a la civilisation confucéo-taoïste dans le monde sino-japonais. Il y a la civilisation védo-hindouiste dans le monde indien.

Ni le monde islamiste, ni le monde bouddhiste ne peuvent prétendre se hisser à ce niveau ; ce sont des cultures dérivées (la première du fond judéo-helléno-chrétien et le second du monde védo-hindouiste) qui se sont cantonnées aux niveaux les plus populaires ou superficiels. Quant aux autres cultures, elles relèvent de l'animisme archaïque et n'apportent plus rien d'essentiel à l'évolution culturelle humaine depuis longtemps.

 

En termes de vitalité, la civilisation judéo-helléno-chrétienne a été terriblement affaiblie par le nihilisme athée européen, par le communisme slave et par la sous-culture américaine. Quant à la civilisation confucéo-taoïste, elle n'a pas encore su ressusciter de son long assassinat par le maoïsme. De son côté, la civilisation védo-hindouiste a pâti du colonialisme britannique, du pluralisme sclérosant du gandhisme et de la pression musulmane ; mais elle semble commencer à y remédier.

 

Comparons maintenant les trois pôles civilisationnels du point de vue de leur cohérence interne et externe. Du point de vue de leur cohérence interne, les trois sont comparables au meilleur niveau (ce qui n'est pas du tout le cas pour tous les autres). Du point de vue de la cohérence externe vis-à-vis du Réel vécu, la civilisation védo-hindouiste rejette souvent le Réel comme "illusion" (maya) ce qui l'affaiblit ; en revanche, la civilisation judéo-helléno-chrétienne fonde sa cohérence externe par approche théorique, alors que la civilisation confucéo-taoïste la fonde par approche pratique.

 

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De mon ancien complice, Marc de Smedt :

 

"Croyons donc, non à l'arrivée d'un messie salvateur,

mais à l'éveil en soi du messie intérieur."

 

Il n'y a, d'ailleurs, aucun autre "messie" que ce messie intérieur, que ce messager venu du fond de l'âme qui annonce et établit le Divin dans l'esprit de celui qui s'éveille et part sur les chemins de l'initiation mystique.

 

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Nous devons apprendre à cultiver le fonctionnement sélectif de notre mémoire. Non pas pardonner, mais oublier les choses et les gens négatifs, pervers, méchants ou bêtes afin d'éviter tout ressentiment, toute rancœur, toute aigreur, tout désir de vengeance.

Le pire affront que nous puissions infliger à nos ennemis, c'est notre indifférence.

 

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Il faut bien sûr combattre toutes les pollutions physiques. Mais il ne faut pas négliger, pour autant, les multiples pollutions émotionnelles, intellectuelles et spirituelles qui nous assaillent à longueur de temps.

Elles sont bien plus pernicieuses et non moins nocives.

 

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De Michel Serres, encore :

 

"La négligence est le contraire du mot religion".

 

Religion : relier. Négliger : ne pas lier, omettre de lier.

La négligence est aussi, et pour les mêmes raisons, le contraire de l'intelligence.

 

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Le 05/06/2019

 

Toute application numérique que vous laissez s'ancrer dans votre monde est, à la fois, une chaîne qui vous assujettit et un tuyau qui vous pompe.

 

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La modernité et l'humanisme sont nés avec le livre et l'imprimerie. Ceux-ci meurent, sous nos yeux, avec ceux-là.

La communication numérique qui les remplace, engendrera une culture qui ne sera ni humaniste, ni progressiste.

 

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L'individualisme a été inventé par Paul de Tarse ("Il n'y a plus ni Juif, ni Grec, ni homme, ni femme, ni esclave, ni homme libre, mais toi seul, jouant ton salut devant Dieu.") et il a été repris par Augustin d'Hippone, par Descartes, par Rousseau, etc … jusqu'à Sartre et sa clique.

Non ! La personne humaine ne se définit par ce qu'elle croit être intérieurement, ni par ces appartenances extérieures ; elle se définit tout entière, à chaque instant, par sa contribution à l'accomplissement du Réel, tant intérieurement qu'extérieurement.

 

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De Michel Serres :

 

"Qu'il crève, l'Etat-nation (…) ! (…) l'Etat-nation est un dinosaure (…) : il y a bien longtemps que les Etats produisent tellement de choses inutiles !"

 

Tout est dit !

 

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La philosophie est tombée en panne au 20ème siècle ; elle s'est enlisée dans le vide du subjectivisme (phénoménologie, existentialisme, philosophie analytique, socialo-gauchisme, …). Il faut tourner la page. Il faut clore la modernité humaniste et progressiste dont cette pseudo-philosophie du 20ème siècle fut le dernier et pitoyable avatar.

Le 21ème siècle devra refonder la philosophie à partir d'une nouvelle métaphysique du Devenir, du Réel, du Cosmos, de l'Accomplissement et du Divin. ; une philosophie anti-humaniste et anti-progressiste ; une philosophie de la modestie et de l'humilité humaines ; une philosophie du dépassement de l'humain.

 

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L'éthique, n'est-ce pas le processus de validation des exigences humaines (dont les siennes) par rapport aux exigences légitimes et supérieures de la Vie et de l'Esprit ?

 

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Gérer une crise, c'est piloter et accompagner une bifurcation. On trouve toujours, dans ce mouvement, les cinq mêmes phases :

  1. Valider les ruptures.
  2. Formuler les défis.
  3. Décliner les cheminement.
  4. Vérifier la cohérence.
  5. Gérer l'exécution.

 

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A la différence d'un programme informatique classique qui décrit un objet processuel, un algorithme décrit une méthode processuelle.

 

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Le 06/06/2019

 

L'effondrement des deux utopies chrétienne (celle de l'homme-dieu avec Dieu) et moderne (celle de l'homme-dieu sans Dieu) signe la mort de "l'homme-dieu" tout court, c'est-à-dire invite à remettre l'humain à sa juste et modeste place au sein du cosmos.

Avec la mort de l'homme-dieu, il faut bannir "la contestation de l'ordre naturel".

 

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Ce qui démarre sous nos yeux, en remplacement des deux utopies chrétienne et moderne, c'est une civilisation nouvelle rejetant, radicalement, le théisme dualiste, l'humanisme moral et le progressisme idéologique.

C'est-à-dire une civilisation à construire sur une métaphysique moniste, immanentiste et spiritualiste, sur une éthique au service de la Vie et de l'Esprit bien au-delà des hommes, et sur une dynamique de promotion des intelligences.

 

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Le Réel. Rien que le Réel !

Il faut que les philosophies, les arts et les sciences ne nous parlent que du Réel, et de ses sources, de ses élans, de ses œuvres, de ses secrets, de ses ressorts.

Tout le reste n'est que chimères puériles et pertes de temps !

 

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Vivre, c'est faire entrer sa vie dans la Vie.

Penser, c'est faire entrer son esprit dans l'Esprit.

Vivre et penser, c'est participer de et à quelque chose qui nous dépasse.

Exister vraiment - c'est-à-dire vivre et penser -, c'est s'accomplir au service de quelque chose qui nous dépasse, c'est s'y consacrer et s'y sanctifier, par fidélité à sa vocation intime et par purification de tout ce qui est autre.

 

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De Pierre Teilhard de Chardin :

 

" La seule religion acceptable pour l'homme est celle qui lui apprendra d'abord à reconnaître, aimer et servir passionnément l'univers dont il est l'élément le plus important."

 

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Donald Trump sait choisir ses ennemis, c'est-à-dire ceux de l'Angloland, c'est-à-dire ceux qui sont en train de faire s'effondrer l'arrogance et la dominance américaines : l'Union européenne, la Chine et l'Iran … c'est-à-dire l'Euroland, le Sinoland et l'Islamiland. Les autres (Indoland, Afroland, Latinoland, Russoland) ne jouent pas dans la cour des grands ou sont franchement largués.

Il est tant que l'Union Européenne devienne vraiment cet Euroland indispensable (la plus grande puissance mondiale, sur tous les plans) sous peine de devenir le champ de bataille des trois autres (Angloland, Sinoland et Islamiland).

 

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Le 07/06/2019

 

De Bernard Blier :

 

" C'est pas que je suis méchant, c'est que j'aime pas les cons."

 

Alors, on est deux ! … au moins.

 

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Le slogan : "Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas", est censé prévenir toutes les catastrophes occasionnées par ce cancer qu'est l'humanité lorsqu'elle tue, massacre, empoisonne, blesse, saccage, pille, extermine, etc…

Mais l'histoire le montre : le fait de "savoir" n'empêche jamais la bêtise humaine de perpétrer ses plus horribles forfaits.

En 2002, Jacques Chirac faisait un discours (dûment écrit par des écologues avertis) :

 

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l'admettre.(…) Prenons garde que le 21ème siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d'un crime de l'humanité contre la vie."

 

Presque 20 ans plus tard, rien n'a changé !

 

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La logique économique et la logique écologique sont la même logique : l'une ne peut plus rien sans l'autre. Elles sont étroitement imbriquées. Aucune économie durable n'est possible, sans une écologie également durable.

 

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Il est navrant de constater que chez les gens de gauche, même un tant soit peu intelligents,  le libéralisme soit perpétuellement accusé de tout sacrifier au profit à court-terme.

Ce court-termisme aveugle est, certes, le propre du capitalisme financiariste et spéculatif, ennemi du libéralisme, mais n'est certainement pas du tout le propre du capitalisme entrepreneurial qui, tout au contraire, a pour premier objectif la pérennité et la durabilité de l'entreprise.

Le profit à court-terme ne doit servir qu'à rémunérer les ressources utilisées et à financer la construction et le développement d'un long terme souhaité.

Il n'y a pas d'entreprise à long terme, sans marchés à long terme, donc sans économie à long terme et, donc, sans écologie à long terme.

En revanche, il suffit de voir les désastres écologiques et économiques que furent les délires socialo-communistes pour comprendre que là, c'est le court-termisme idéologique ou électoral qui triomphe au mépris de tout le reste.

 

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Le Réel est logique (cohérent), mais non mathématique.

 

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La relativité ne dit rien d'autre que ceci : toute mesure est une interaction entre deux systèmes, l'un "mesuré" et l'autre "mesureur", et cette interaction est toujours dépendante de l'état de ces deux systèmes ainsi que de celui de leur milieu commun.

L'erreur classique a été de croire que le résultat de la mesure ne dépend que de l'état du système mesuré.

 

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Au-delà de la solidarité humaine qui n'en est qu'une déclinaison assez anecdotique et périphérique, il nous faut désormais penser et dire la solidarité des humains avec la Vie (écologie) et avec l'Esprit (noologie).

La disparition de pans entiers de l'humanité actuelle m'affecte beaucoup moins que la perte du lien essentiel avec la Vie sous toutes ses formes et avec l'Esprit sous toutes ses formes.

Au point où nous en sommes, l'abattage d'un arbre est bien plus grave que l'abattement d'un humain.

Il faut combattre l'anthropocentrisme sous toutes ses formes, à tous les niveaux.

 

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L'immense majorité de l'humanité est composée d'animaux humains que rien ne distingue des formes animales les plus primitives, les plus nocives ou les plus prédatrices.

 

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De Charles Ferdinand Ramuz :

 

"La Nature est de droite."

 

Heureusement !

Mais plus exactement : la Nature n'est jamais de gauche ; elle ne fonctionne qu'à la non-égalité, à la différence, à l'héritage, au réseau, à la complémentarité, à la territorialité, à l'activité et au mérite.

 

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La modernité s'est tout entière construite sur un artificialisme posé comme antithèse du naturalisme (la ville opposée à la campagne, l'urbanité opposée à la ruralité).

Comme si le "progrès" devait être la négation de la Nature … alors qu'il ne peut y avoir aucun "progrès" hors des lois de la Nature.

 

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Face à une réalité tragique, trois tactiques de fuite sont possibles : le négationnisme (Tout cela est faux !), l'angélisme (L'humain trouve toujours une solution !) et le fatalisme (Il est, de toutes les façons, trop tard !).

 

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De Francis Cabrel :

 

"Le seul voyage qui vaille est celui que nous faisons là où nous sommes, toutes écoutilles au vent, quand notre but n'est pas de conquérir le monde mais d'être conquis par lui."

 

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De Michel Serres :

 

"Les gens préfèrent la pauvreté pourvu qu'ils soient au milieu de plus indigents qu'eux, à une richesse qui les placerait au milieu de gens prospères ... La situation réelle les tente moins que la relation sociale ... tout le mal du monde vient de la comparaison."

 

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Si la connaissance vous paraît trop ardue, essayez l'ignorance !

 

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D'André Senik :

 

" La vérité est qu'il existe deux sens contraires du mot émancipation : ou elle apporte leurs droits aux hommes tels qu'ils sont : ou elle libère les hommes de ce qu'ils sont, de leur aliénation supposée, en les métamorphosant de fond en comble et de force."

Et aussi :

 

" Il [Marx] fait ainsi le procès de la liberté individuelle, de la propriété privée, du commerce, de l'Etat de droit, de la société civile et des Juifs, dans lesquels il voit les agents spécifiques de l'aliénation. Toute la pensée de Marx procédera de cette déclaration de guerre aux Juifs et aux droits de l'homme. Son destin historique était inscrit dans l'idéal même."

 

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De Michel Serres (encore) :

 

" Les 3h37 par jour d’espérance de vie que les gens ont gagné, ils les passent devant la télévision à devenir cons. C’est extraordinaire !"

 

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Actuellement, les deux plus graves moteurs de la crétinisation humaine sont la télévision et les réseaux sociaux. Leur succès tient aux effets statistiques : plus on met de crétins ensemble face aux mêmes crétineries, moins ils se sentent crétins et moins ils ont honte de l'être.

 

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L'écolo-populisme défend une thèse surréaliste : en prônant une décroissance matérielle, ce seraient les plus pauvres que l'on condamnerait à la misère immédiate …

Mais on ne dit pas que la croissance matérielle condamne tout le monde à mort … un peu plus tard.

 

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L'écologie n'est pas l'affaire des Etats (et surtout pas de leurs réglementations, normes et diktats le plus souvent inutiles, débiles et bureaucratiques) ; elle est l'affaire de chacun dans son monde.

Si les humains ne prennent pas conscience de leur suicide programmé, ils crèveront pour la plupart … et alors ?

 

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Le fondement de l'écologie vise un  retour à la "bonne santé" de la Terre et de ses habitants humains et non humains. Puisque retour à la "bonne santé" il doit y avoir (et c'est absolument vrai), c'est qu'il doit y avoir "maladie". Et, bien sûr, c'est sur la définition de cette "maladie" que divergent les divers idéologismes qui tentent de récupérer le "moment écologique".

 

Le "productivisme" est un mot inventé dès 1880 par le belge Ernest Solvay, un industriel social, inventeur de la journée de travail des 8 heures, des congés payés et des recyclages et formations du personnel …

Bien sûr, ce productivisme qui appelle logiquement l'industrialisme, le technologisme, le capitalisme et le financiarisme, participe très activement au développement de la "maladie" de notre monde ; mais il en est l'instrument et non la cause. Il ne fait que répondre au consumérisme impliqué par l'hédonisme démocratisé.

Le désastre écologique que nous vivons, n'est que la conséquence de cet hédonisme de masse.

 

Le problème de fond est ainsi bien posé : notre monde est malade et il doit recouvrer la "bonne santé" dans ses cinq dimensions généalogique (l'histoire authentique et les fondements de la nature humaine), téléologique (le sens, la raison d'exister, la spiritualité), écologique (la Nature, la Vie, le Cosmos, l'Esprit), axiologique (l'éthique, les valeurs, la science, la raison, l'intelligence) et métabolique (les activités, les techniques et la technologie, le "progrès", la socialité).

 

Seule une approche holistique de notre petit monde terrestre aurait une minuscule chance d'échapper aux récupérations idéologiques des uns et des autres. Le problème est que ce type d'approche profonde et large, est inaccessible à 85% des humains.

 

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Le christianisme et à sa suite, sa version laïcisée qu'est le socialisme, furent des utopies absolument indifférentes à la Nature et à l'écologie : ce sont les moindres de leurs soucis.

Leur seul souci est le salut des âmes, ailleurs, plus tard, dans "l'autre monde" qu'il soit celui des anges ou celui des lendemains qui chantent.

Ce monde-ci, immonde, n'a aucun intérêt puisqu'il est le royaume du mal, démoniaque ou bourgeois.

 

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Le socialisme, plus encore que le bourgeoisisme, est promoteur de l'industrialisme considéré, la fois, comme patrie du prolétariat et comme producteur de prospérité pour tous.

La socialisme ne s'est jamais opposé à l'industrialisme (ni à ses désastres comme en URSS ou en Chine maoïste) ; il s'y est seulement révolté contre la prééminence du facteur "capital" sur le facteur "travail".

Industrialisme et socialisme vont de paire, et l'effondrement du second est un excellent symptôme de l'effondrement du premier.

 

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Quand quelqu'un vous parle de "justice sociale", comprenez qu'il désire le "nivellement social".

 

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Le productivisme (bourgeois ou socialiste) est la réponse à l'hédonisme de masse (son insatiable appétence consommatoire).

Tous deux peuvent être (ont été jusqu'à présent) la négation radicale de l'écologisme.

Mais on peut aussi inverser les choses et parler d'un productivisme écologique (vers d'autres produits et modes de production) et d'un hédonisme écologique (vers d'autres plaisir et modes de satisfaction).

 

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Le "moins mais mieux" du frugalisme est aussi un productivisme qui n'est, en somme, que l'optimisation permanente de la contribution de chacun au monde. Il vaudrait mieux, alors, parler de contributionnisme, ce devoir éthique, pour chacun, de contribuer, au mieux de toutes ses possibilités, à l'accomplissement de la Vie et de l'Esprit sous toutes leurs formes.

 

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La stakhanovisme est la version vulgaire et primaire du productivisme.

 

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Le productivisme consiste à produire mieux ce qui est demandé.

Donc la question clé est : que demande-t-on ? Et là, malheureusement, la réponse est pitoyable : du pain et des jeux (hamburgers et pizzas, et télévision et réseaux sociaux) !

 

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Il est curieux de constater que, chez la plupart des antisémites, le Juif soit le symbole de la finance spéculative et du parasitisme financiariste.

C'est le mythe multiséculaire du Juif usurier … L'archéologie et la généalogie de ce mythe ridicule reste à faire, à ma connaissance …

 

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Le 08/06/2019

 

Il y a deux formes de productivisme/contributionnisme : l'un vise le "plus" (la croissance quantitative) et l'autre vise le "mieux" (la croissance qualitative).

Seul ce dernier est conforme à la vitale exigence écologique.

 

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Le quantitativisme industrialiste et productiviste fut le cœur de la fin de la modernité et a modelé les 19ème et 20ème siècles, tant du côté du socialo-communisme (stakhanovisme) que du côté du financiaro-bourgeoisisme (productionnisme).

Ce quantitativisme fit l'unanimité, n'étant ni de gauche, ni de droite ; il a été le moteur socioéconomique des deux derniers siècles et se résume, partout, en un seul mot : "croissance" (quantitative).

Ou, comme l'écrivait François de Closets dès 1982 : "Toujours plus !".

Le problème majeur est que ce quantitativisme appelle une logique d'abondance de ressources matérielles. Or, depuis l'an 2000 environ, nous avons dépassé le peak point et nous sommes entrés dans une définitive logique de pénurie.

Le slogan d'avenir est désormais clairement : "Halte à la croissance !"

 

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L'urgence n'est pas dans le "procès" de la modernité, mais dans son dépassement. Et cet inéluctable et in dispensable dépassement doit s'appuyer sur les acquis de la modernité pour réussir.

Il ne s'agit pas d'un impossible "retour en arrière" pour soi-disant retrouver un fantasmatique "bon vieux temps" qui n'a jamais existé (et sur ce point, je suis en accord avec Michel Serres).

Il s'agit de bifurquer et de transformer la logique fondamentale du processus socioéconomique (et sur ce point, je suis en désaccord avec lui) en passant, par exemple, du quantitativisme au qualitativisme, en passant du "plus" ou "mieux", en passant de l'extériorité à l'intériorité, en passant de l'individualisme à l'individuationnisme, en passant du "plaisir" (hédonisme) à la "joie" (eudémonisme), en passant de l'absurde au sens, en passant de la réussite à l'accomplissement, en passant de la réplétion au contentement, en passant de l'égalitarisme au différencialisme, en passant du sociétal au communautaire, en passant du démocratisme au noocratisme, en passant de la démagogie à l'anagogie, etc …

 

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Le progrès, c'est la montée en complexité et la stimulation d'émergences.

 

Le socialisme n'est donc pas un progressisme puisque l'égalitarisme et l'étatisme forgent une apologie de l'entropisme.

Le conservatisme, puisqu'il bloque toute évolution et, donc, toute émergence, ne l'est pas non plus.

Seul l'écolo-libéralisme qualitatif incarne le progrès.

 

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Le capitalisme n'est rien d'autre que l'apologie de la propriété privée et du financement privé des évolutions de cette propriété.

La capitalisme est le contraire du collectivisme.

Le capitalisme est le moteur de toute logique entrepreneuriale.

Le dévoiement spéculatif du capitalisme conduit au financiarisme.

La capitalisme est une notion disjointe de celle de libéralisme en tant qu'opposant radical à l'étatisme tant socialiste que conservateur.

 

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Le républicanisme est un compromis boiteux entre libéralisme individuel et solidarisme collectif, sur fond d'égalitarisme et de démocratisme.

Le côté boiteux de la chose est parfaitement illustré par l'immense contradiction interne de la devise française : "Liberté. Egalité. Fraternité" dont les trois termes se rejettent mutuellement.

Le TLF définit la république comme suit : "Organisation politique d'un État où le pouvoir est non héréditaire, partagé et exercé par les représentants (généralement élus) d'une partie ou de la totalité de la population.".

Tout républicanisme est donc un étatisme (mais la réciproque n'est pas vraie).

 

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Le même TLF définit ainsi l'aristocratie : "Forme de gouvernement où le pouvoir est entre les mains d'un petit nombre de personnes, en raison de leur naissance, de leur fortune ou de leur qualification".

Il y en fait types d'aristocratisme : la patriciocratie (par la naissance et l'héritage), la ploutocratie (par la possession des ressources), la technocratie (par la maîtrise pratique), l'idéocratie (par la vision prophétique) et la noocratie (par l'intelligence gnosique).

 

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Pour Descartes et Francis Bacon, l'homme devait dominer la Nature par la technique afin de tenter sa libération physique (écologique).

Voilà une des voies d'émancipation préconisées par la modernité.

Quatre autres voies d'émancipation seront ouvertes : la libération de toute morale (axiologique), la libération de toute culture (généalogique), la libération de tout travail (métabolique) et la libération de toute spiritualité (téléologique).
De nos jours, ces quatre "libérations" ont atteint leur paroxysme dans ce terrible et effrayant nihilisme ambiant qui, sous prétexte d'abolir toutes les "chaînes", a noyé le monde humain dans le vide et le désespoir, dans le ressentiment et l'absurdité, dans le dégoût et la violence.

L'erreur fatale est simple : ce n'est pas libérer qu'il fallait faire, mais bien dépasser et transcender.

Il faudra, maintenant, renouer les liens avec la Nature, avec l'Ethique, avec la Généalogie, avec la Connaissance et avec la Spiritualité. Il faudra en finir avec tous les rétro-activismes dont l'essence même est de pousser tous les nihilismes à leur paroxysme. Il faudra en finir avec toutes les idéologies de la libération et de l'émancipation.

 

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Chacun n'est esclave que de lui-même. Chacun n'est idolâtre que de lui-même.

 

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Ce sont les énergies volées à la Nature qui alimentent l'immense machine d'amplification humaine.

 

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L'homme est le cancer de la Terre comme la finance est le cancer de l'économie. Ils survivent tous deux en parasitant et en détruisant le corps qui les accueille.

 

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La maladie mentale humaine la plus grave et, semble-t-il, la moins curable s'appelle le prométhéisme, une forme particulièrement pernicieuse de mégalomanie, de narcissisme et de nombrilisme collectifs.

 

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Le consumérisme est une forme de fétichisme.

Ce que le TLF définit ainsi : "Système religieux consistant à faire de divers objets naturels ou façonnés les signes efficaces de puissances supra-humaines et à les utiliser dans des pratiques de magie". On ne saurait mieux dire !

 

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De James Howard Kunstler, le 24 mai 2019, à propos de la fausse accusation de la collusion entre Trump et les services de Poutine lors des élections présidentielles US (et transmis par ma complice Néa) :

 

" Encore une fois, que l'on aime ou pas le Tweet-man à la toison mystifiante et au bronzage doré n'est pas la question. Le sujet est : oui, c’était un complot, même un coup d’État contre Trump. Le complot qu’ils ont concocté pour se débarrasser de lui, a échoué. Et ils ont tout foiré magnifiquement, laissant une trace écrite aussi large que l’Interstate-95. Beaucoup vont quitter les draps de soie pour les prisons fédérales. La rage désespérée de la faction voulant la destitution de Trump et tout le mélodrame du RussiaGate était, en fait, un subterfuge séditieux de la campagne d'Hillary Clinton et d’un grand nombre de figures clés du gouvernement, dont l’ancien président Barack Obama. Des services de renseignements aux États-Unis ont fait du trafic de faux documents fournis par Mme Clinton pour se "mêler" illégalement aux élections de 2016. La plupart des faits sont déjà documentés. Ils ont neutralisé Trump le plus longtemps possible tout en faisant obstruction à la justice (aïe aïe, ça va se payer cher) : au cachot à casser des caillasses et à manger des asticots comme les gueux ? Le FBI, la CIA, bref, les déviants du Deep State doivent mal dormir depuis quelques temps. Va-t-on assister au drainage du marais tant de fois annoncé ? Enfin, Assange est la seule personne qui sait réellement qui a remis les courriels "piratés" du DNC (Parti démocrate) à Wikileaks. Son procès sera d'enfer. Et tout ce mélodrame se déroulera dans le contexte d’une explosion éruptive de l’économie mondiale, de marchés financiers qui s’effondrent, et d’une perturbation épique de l’ordre international établi. Envisagez de faire quelques provisions ..."

 

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Dans toute société humaine, du point de vue politique, il y a surtout la grande masse indifférente des "idiots utiles" qui ne demande que "du pain et des jeux", mais qui, lorsque ce contrat tacite est rompu, ne connaissent que la colère abrutie derrière les démagogues les plus malins.

Outre cette plèbe massive, ceux qui s'engagent, un tant soit peu, en politique, au moins en conviction sinon en action, se répartissent en cinq tendances, assez inégales en poids, tout en étant volatiles.

 

Il y a les conservateurs qui s'agglutinent sur la dimension généalogique et qui y défendent l'identité, la culture, l'histoire, la tradition …

Il y a  les idéologues qui accaparent la dimension téléologique et qui y déploient leur vision prophétique de l'avenir …

Il y a les moralistes qui campent sur la dimension axiologique et qui ne parlent que de morale, de vertus, de droits, de bien-pensance, …

Il y a les écologues qui broutent la dimension écologique et qui s'indignent des pollutions, des gabegies, des pillages de ressources, des saccages de terroirs …

Il y a, enfin, les pragmatiques qui s'activent sur la dimension métabolique et qui ne voient que le court-terme, l'effervescence, l'agitation, la fébrilité …

 

C'est dans ce dernier parti que l'on trouve la plupart des politiciens professionnels.

 

De tels systèmes politiques multipolaires sont condamnés à l'inefficience car, dans une société réelle, dans un monde réel, aucune des cinq dimensions ne peut être négligée et toutes doivent être considérées systémiquement ensemble : il faut, en même temps, une Identité, une Vision, une Ethique, une Ecologie et une Action.

Il faut considérer toutes les dialectiques entre elles comme le seul vrai moteur de l'évolution sociétale. Il ne s'agit pas de choisir "son camp", mais bien plutôt d'intégrer tous les camps dans un regard plus haut.

 

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Le 09/06/2019

 

En 1798, Fichte (que Jacobi appellera : "le vrai Messie de la raison spéculative") publie un article intitulé ;"Sur le fondement de notre croyance en un gouvernement divin dans le monde". C'est le début de la grande querelle sur l'athéisme. La question posée est on ne peut plus pertinente et s'adresse aux théologies dualistes des théismes. Ce Dieu peut-il ou veut-il intervenir dans les cours de l'évolution d'un monde qu'il a lui-même créé et qui obéit à des lois universelles qu'il a lui-même conçues et imposées.

Que vaut un tel Dieu qui s'amuse à contrevenir à ses propres édits ? Au sortir du siècle des philosophistes, ces questions sont des brûlots.

Derrière toute cette discussion, pointent les questions de le "grâce", des "miracles", du "péché originel" et, par suite, du processus de "rédemption par la Christ" ; et si tout ceci n'est que fable, alors ce Dieu créateur et radicalement absent et étranger, à quoi sert-il ? Pourquoi existerait-il ? Existe-t-il ? Est-il besoin d'un Dieu extérieur au monde pour créer celui-ci ? Autrement dit, la transcendance divine est-elle nécessaire, a-t-elle un sens ? Etc …

 

Schelling (condisciple et ami de Hegel et d'Hölderlin, élève de Fichte avant de s'opposer à lui) fournira la seule réponse cohérente à toutes ces questions et fondera, ainsi, le monisme romantique que le positivisme et le scientisme du 19ème siècle ridiculiseront (sur base de rationalisme analytique cartésien bien incapable de concevoir une vision holistique du Tout) jusqu'à faire croire, jusqu'à nos jours, que la pensée romantique est un fatras de sensibleries, de niaiseries, de mièvreries à la Chopin ou la Vigny.

 

Par sa "Lettre à Fichte", Jacobi met un terme brutal à la pensée et à la carrière de son prétendu disciple. Il ne s'en relèvera pas. Le "Moi" absolu, le sujet absolu qui casserait la dualité sujet/objet de Kant, est mort.

Fichte est un idéaliste transcendentaliste dans le veine de Kant : Jacobi (comme Schelling et Hegel, plus tard) est un réaliste totalement opposé à cette posture.

 

Kant fut en Allemagne le point culminant du philosophisme avec, face à lui, les deux grands philosophistes britanniques : David Hume et Jeremy Bentham (tous deux chantres de l'utilitarisme) … et au grand vide des polémistes et satiristes français (soit des plagiaires notoires comme Rousseau, Condorcet ou Montesquieu, soit des pitres salonnards comme Voltaire, Diderot, d'Alembert, d'Holbach, Helvétius, et tous les autres …).

Kant est l'héritier du rationalisme du 17ème siècle porté par Descartes, Pascal (de la première période, celle d'avant sa crise mystique et d'avant les "Pensées"), Leibniz, Spinoza ou Locke.

Kant aboutit à démontrer l'impasse rationaliste : la raison étant propre au sujet, elle ne peut travailler que sur ce que ce sujet perçoit des phénomènes qui manifestent l'objet, mais jamais elle ne peut atteindre le noumène réel de cet objet. Il n'y a aucun "pont" autre que les manifestations, entre sujet et objet. L'inconnaissabilité est absolue, que cet objet soit cet arbre, cette tasse, cette mésange ou Dieu.

 

Face à cet irréductible gouffre infranchissable par la raison kantienne entre le sujet et l'objet, quatre attitudes sont possibles :

 

  1. Conclure que la dualité ontique de Kant est indépassable et qu'elle met un point final à toute métaphysique (ce fut, somme toute, la position de Jacobi, après Platon, comme ce fut la position "normale" des théologies chrétiennes et musulmanes basées sur la dualité irréductible entre le monde divin et le monde humain, … et comme ce fut une position durable aux 19ème et 20ème avec, par exemple, les phénoménologistes d'Husserl).
  2. Réduire l'objet au sujet et aller vers un solipsisme mâtiné d'intersubjectivité (ce sera la voie de Fichte, suivi, un temps, par Schlegel et Novalis … mais aussi, plus tard, celui de l'existentialisme).
  3. Réduire le sujet à l'objet et affirmer un mécanicisme absolu et universel (ce sera la voie du positivisme et du scientisme, les grands triomphateurs du 19ème siècle)
  4. Dépasser la dualité kantienne et voir que sujet et objet sont deux manifestations locales dénuées " d'un "être-en-soi" et cantonnées à un pur "advenir en devenir", deux émanations d'un même Un qui les englobe et les transcende (ce sera la voie de Schelling et de Hegel) ; la raison, alors, n'est plus le seul "pont" entre les diverses manifestations puisque l'intuition et la sensibilité y interviennent crucialement (d'où l'épithète "romantique").

 

Les "querelles" philosophiques allemandes ("Querelle du panthéisme" et "Querelle de l'athéisme"), à la fin du 18ème siècle, s'enracinent dans ce bourbier métaphysique. L'enjeu de ces "querelles" fut - est encore - colossal puisqu'il oppose, sans conciliation possible : théisme, athéisme et panthéisme.

 

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Epistémologie …

La science doit, à la fois, observer et réinventer l'univers : observer le système et remonter le courant du processus qui a engendré ce système, jusqu'à trouver son principe fondateur ; puis faire de chemin inverse en déployant systématiquement ce principe fondateur jusqu'à retrouver le système actuel d'où l'on était parti ; et là, valider que le système réel et le système reconstruit sont parfaitement identiques.

La méthode cartésienne participait d'un remontage dans l'espace, la méthode processuelle participe d'une reconstruction dans le temps.

 

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Le 10/06/2019

 

De Pierre-Joseph Proudhon :

 

"Marx est le ténia du socialisme."

 

Voilà le meilleure portrait jamais tracé de ce parasite de la pseudo philosophie économiste.

 

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De Pascal Bruckner :

 

"Tant de grandes choses nous sont venues des Etats-Unis qu’on en oublie aujourd’hui les poisons que cet allié lunatique instille dans nos sociétés : l’exaltation des minorités, l’intersectionnalité, la bigoterie, le culturalisme assez proche sur certains plans du programme des Frères musulmans salués en son temps par Barack Obama."

 

L'intersectionnalité est l'étude les interactions entre les différents phénomènes de discrimination. Cette notion est typique de la sociologie américaine …

Le TLF définit la discrimination comme : "Action, fait de différencier en vue d'un traitement séparé (des éléments) les uns des autres en (les) identifiant comme distincts".

Les campus américains militent pour le droit à la différence (la lutte pour les minorités et les "cultures" marginales) et contre l'affirmation de sa différence (lutte contre les discriminations).

Il y a, semble-t-il, une immense différence entre dire : "je suis blanc - ou hétérosexuel ou viril ou juif - et fier de l'être" et dire : "je suis noir - ou homosexuel ou efféminé ou quaker - et fier de l'être". Le seconde affirmation est considérée comme héroïque et constructive, la première est considérée comme cynique et destructive. Allez comprendre …

Tous ces rétro-activismes sont totalement inconsistants et incohérents.

Leur "combat" ne vise nullement la promotion des différences, il ne vise qu'à conchier la majorité. Il s'agit d'une haine radicale de la majorité, quelle qu'elle soit. Il s'agit d'anti-démocratisme forcenée.

 

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Toute économie politique repose sur deux piliers : celui des modes de production et celui des modes de distribution. La modernité a choisi la production de masse (l'industrialisme productiviste) et la distribution de masse (le consumérisme égalitariste).

Or, le productivisme (quantitatif) est l'antithèse radicale de l'écologisme et nous n'avons, aujourd'hui, plus le choix : il nous faut abandonner le premier au profit du second. La conséquence en sera la fin du consumérisme (s'il n'y a plus de production de masse, il ne saurait plus y avoir de consommation de masse).

La seule question qui demeure est de savoir lequel des deux mouvements sera le plus rapide : celui de choisir la frugalité ou celui de subir la pénurie ?

Je n'ai quant à moi aucune illusion : la plèbe est incapable de choisir la frugalité. Elle subira, dès lors, les pénuries et en rendra les politiques responsables (on verra ainsi, mais à grande échelle, un remake consternant de la crétinerie des "gilets jaunes").

 

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Au même titre que l'industrialisation et la marchandisation, la colonisation était, au 19ème siècle, promue tant par la gauche socialiste que par la droite bourgeoise, au prétexte d'apporter la "vraie" civilisation en aide à ces peuples aussi primitifs que démunis et pauvres.

 

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C'est contre-vérité navrante mais curieuse que de croire que la gauche en général et le socialisme en particulier aient le "monopole du cœur" (comme le rétorquait Giscard d'Estaing à cette ordure de Mitterrand). Depuis toujours, tant à gauche qu'à droite, il y a des gens qui œuvrent et s'organisent pour soulager la misère des plus nécessiteux. La philanthropie des riches ou la volonté des capitaines d'industrie ont souvent été bien plus précurseurs et efficaces que les caisses d'entraide ouvrière, berceau des revendications socialistes.

Ainsi, par exemple, ce n'est pas au "front populaire" de 1936 (vous savez, ceux qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1939) que l'on doit la journée de huit heures et les congés payés, mais à Ernest Solvay dès 1870/1880.

 

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Quelle différence entre un esclave et un salarié (surtout en CDI) ? Tous deux travaillent pour gagner leur pain et soigner leur famille, n'ayant pas d'autres revenus (c'est la définition même du prolétaire). L'esclave s'achète et le salarié se loue, voilà tout.

Dans les deux cas, il est contre-productif de malmener l'esclave ou le salarié car ils produiront d'autant plus et mieux qu'on est bienveillant à leur égard. Qu'il y ait eu et qu'il y ait encore des abrutis pour harceler leur main-d'œuvre, c'est une vérité aussi nauséabonde qu'affligeante. Mais le cas a été et est toujours bien  rare. Il faut en finir avec ces mythologies mélodramatiques du "patron" sadique et tourmenteur, exploiteur et tortionnaire. Je le répète, une telle attitude est totalement contre-productive et opère à l'encontre de ses intérêts.

Il est d'ailleurs remarquable qu'aux Etats-Unis, lors de l'abolition de l'esclavage, beaucoup d'anciens esclaves noirs restèrent fidèles à la famille chez qui ils travaillaient et dont ils devinrent les employés.

La Bible, écrite il y a près de 3.000 ans, impose la libération des "servants" après six ans et décrit le cas de ceux qui refusent d'être ainsi "libérés" (voir Ex.:21;5-6 et Dt.:15;16-17).

 

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Socialisme et écologisme sont incompatibles : on ne peut pas, en même temps, vouloir partager les choses et refuser de les produire.

 

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Il est urgent de passer d'un tourisme du défoulement à un tourisme du ressourcement, d'un tourisme de l'artificialité à un tourisme de la naturalité, d'un tourisme technologique à un tourisme biologique.

Il faut arrêter le massacre des derniers lieux de vraie vie de notre planète.

 

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Parce qu'il repose sur de la production et de la distribution de masse, depuis son avènement au 19ème siècle, l'industrialisme n'a cessé d'instaurer, partout, un socialisme de fait incarné dans le salariat et le consumérisme de masse.

Et c'est bien cela qui fait le malheur de notre époque car là se trouve le cœur de la bombe écologique qui explosera bientôt.

 

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L'écologisme est un nouvel aristocratisme.

Un aristocratisme heureux et bienveillant, un aristocratisme ami de la Vie et de l'Esprit, sous toutes leurs formes.

 

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De Dennis Gabor, ce principe portant son nom :

 

" Tout ce qui est techniquement faisable, possible, sera fait un jour, tôt ou tard."

 

Le technologique mène le monde humain bien plus puissamment que le politique. ET l'on peut en craindre le pire …

 

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"Tout ce qui est bon marché correspond à tout ce qui est mauvais pour la nature", dit à juste titre un anonyme …

 

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Le livre "L'âge productiviste" de l'écolo-socialiste Serge Audier, outre le copieux et minutieux travail historien, est une brique de 820 pages qui se résume à ceci : entre 1815 et 1970, bourgeoisisme et socialisme confondus ont cru, dur comme fer, que l'industrialisme productiviste et prométhéen serait le moteur unique et puissant du progrès de toute l'humanité. Jusque là, le constat est correct. On sait aussi que cet industrialisme est un anti-écologisme profond et délétère. Toujours exact. Là où on délire, c'est lorsqu'Audier tente (en vain) de prouver que cette foi progressiste industrialisante, quoique catastrophique plus encore dans les empires communistes que dans le reste du monde, est excusable pour le socialisme, mais ne l'est pas pour le bourgeoisisme (dit "capitaliste" ou "libéral"). Allez donc savoir pourquoi …

En fait, ce ne sont pas les modes de production qui différencient socialisme et bourgeoisisme (l'industrialisme productiviste et anti-écologique a été et est encore souvent leur délétère credo commun), mais bien les modes de distribution et leur critère (le mérite pour le bourgeoisisme et l'égalité pour le socialisme).

 

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Le bourgeoisisme (la droite) et le socialisme (la gauche) sont tous deux de purs produits de l'industrialisme productiviste. Celui-ci étant condamné, ceux-là sont morts !

R.I.P. et … dont acte !

Les dernières réorganisations politiques et idéologiques en font foi. Ces "partis traditionnels de gauche et de droite" n'existent déjà plus.

Aujourd'hui, s'affrontent, un peu partout, l'écolo-libéralisme (la marche en avant pour la construction d'un nouveau paradigme) et le populisme (l'effondrement en arrière dans la résurrection des vieux totalitarismes).

 

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En 1799, Jacobi écrit ceci dans sa "Lettre à Fichte" :

 

"(…) les deux voies principales : le matérialisme et l'idéalisme, la tentative de tout expliquer à partir uniquement d'une matière qui s'autodétermine, ou à partir d'une intelligence qui s'autodétermine, ont le même but."

 

Cette "intelligence qui s'autodétermine" et dont tout émane, cela s'appelle l'Esprit et sa doctrine s'appelle le spiritualisme et non l'idéalisme.

Plus généralement, c'est une profonde erreur de parler d'un "idéalisme allemand" pour désigner la pensée romantique ; il s'agit d'un "spiritualisme allemand" (Schelling, Hegel, Novalis, … et l'illuminisme maçonnique.

L'idéalisme est un dualisme ontique d'inspiration platonicienne, tout opposé au monisme spiritualiste. L'idéalisme repose sur l'affirmation de l'existence de deux univers séparés, de natures radicalement différentes : celui des Idées (ou de Dieu) et celui de la Matière (ou des humains). Il est totale contradiction avec le monisme spiritualiste.

 

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Elle est curieuse cette contre-vérité qui affirme que les Juifs attendent le Messie ! Où donc ont-ils été cherché une telle ineptie ? Pas dans la Torah, en tous cas. Il y a seulement la Promesse d'une "Terre où coule le lait et le miel" pour autant que l'on traverse le désert de l'histoire humaine en conservant l'Alliance. Mais de messie, point.

Cela n'empêche pas, bien sûr, que l'histoire juive talmudique ou rabbinique ait connu des veines messianiques (ou des errements messianiques comme ceux d'un Sabbataï Tzvi ou d'un Jacob Franck), mais de là à généraliser, il y a un gouffre qu'il ne faut surtout pas tenter de franchir.

 

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Jacobi fait l'intéressante distinction capitale entre la "vérité" et le "vrai". Ce qu'il appelle la "vérité", c'est ce que Hegel appellera le "savoir absolu" c'est-à-dire le travail intellectuel intérieur (toujours tautologique) poussé à son ultime accomplissement (le Moi achevé de Fichte). Ce qu'il appelle le "vrai" - et que j'appelle le Réel - est ce qui existe comme il existe, indépendamment de toute pensée qui le concevrait.

 

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Vécu, à l'instant …

"Le prix demandé pour votre conférence est beaucoup trop élevé !"

Cette réaction est effectivement classique. Il y a là comme un refus de considérer la valeur de l'immatériel. On n'y paie que ce que l'on y pèse. Pourtant, cette conférence [Prospective] d'une heure ou deux a nécessité trente ans d'observations, d'études, de modélisations, de vérifications, de conceptualisations, de suivis, de reformulations, d'améliorations …

Mais cela n'est ni visible, ni palpable ; cela ne se pèse pas.

Même si le prix payé permet de financer le poursuite des travaux de recherche, la connaissance ne pèse rien. Aucun argument n'y fait.

Dommage et tant pis …

 

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Les chrétiens détestent les Juifs parce qu'ils auraient fait assassiner Jésus-le-Christ ; ce qui est une contre-vérité historique qui, au pire, ne concernerait que certaines gens de Jérusalem en l'an 33.

Les rationalistes et athées détestent les Juifs parce qu'ils auraient inventé la pire des superstition maléfiques : le monothéisme ; ce qui est toujours aussi faux, le polythéisme de la Torah en atteste.

Les xénophobes détestent les Juifs parce qu'ils forment une race haïssable ; c'est encore faux : génétiquement, la judéité n'est pas une race humaine, mais une culture traditionnelle.

Les médiocres, adeptes du ressentiment et de la jalousie, détestent les Juifs parce qu'ils totalisent un tiers des prix Nobel ; c'est vrai et c'est tant mieux pour l'humanité qu'il y ait, au sein des Juifs, ce culte de l'étude, du questionnement, de la curiosité et de la recherche.

D'autres médiocres haineux - à la suite d'un faux notoire, commandité par la police tsariste et intitulé : "Le protocole des Sages de Sion" (1901) - détestent les Juifs parce qu'ils les soupçonnent d'organiser (avec les Francs-maçons) un complot ploutocratique visant la domination financière du monde ; c'est incroyablement faux et passablement ridicule.

Enfin, beaucoup de socialo-gauchistes et d'arabo-musulmans détestent les Juifs à cause de l'existence et de la survie de l'Etat d'Israël malgré 70 ans d'agressions ; c'est d'autant plus stupide que la plupart des Juifs du monde ne sont pas sionistes (sinon ils vivraient en Erètz Israël).

 

Ces six racines de l'antisémitisme sont connues et toutes plus ridicules les unes que les autres. Le vrai mystère reste cependant la cause de la perpétuation de l'antisémitisme, malgré le ridicule consommé et délirant de ses racines, et l'horreur indescriptible de ses conséquences.

 

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Le philosophisme et le romantisme (philosophique) prennent naissance à peu près en même temps (au milieu du 18ème siècle), sur la même aspiration : éliminer l'écartèlement entre le sensible et l'intelligible, dépasser la cohabitation froide entre la foi et la raison.

Le philosophisme tend à discréditer le sensible au profit de la seule rationalité (le philosophisme allemand et britannique). Le romantisme philosophique tend, lui, au contraire, à les réconcilier soit par fusion mystique (Schelling et Novalis), soit par dialectique (Jacobi et Hegel).

Ces deux mouvances, par leur acte de naissance même, étaient condamnées à s'opposer … ce qu'elle firent jusqu'au triomphe (très provisoire), après 1848, du scientisme positiviste (et du socialisme, ennemi juré de l'aristocratisme romantique).

 

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Au contraire de Jacobi qui ne voit le spinozisme que comme un athéisme naturaliste, Herder le comprend - enfin - comme un monisme intégrant transcendance et immanence.

 

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Le 11/06/2019

 

De ma complice Néa :

 

"Il y a toujours beaucoup de héros autoproclamés une fois la guerre terminée."

 

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La beauté en soi n'est pas, pour moi, un sujet philosophique. En revanche, l'extase que produit la rencontre avec ce qui est ressenti comme beau, l'est davantage. L'esthétique n'est pas un discours sur le beauté, mais un discours sur la sensibilité (c'est d'ailleurs le sens du mot grec aesthétis).

Qu'est-ce que la sensibilité (un des cinq piliers de l'Esprit) ? Comment la développer et l'aiguiser ? Voilà autant de questions utiles.

 

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De Margaret Mead :

 

"Ne doutons jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puissent changer le monde. C’est même de cette façon que cela s’est toujours produit."

 

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D'Olivier Babeau :

 

"Avec internet et les réseaux sociaux, l’ordre ancien vole en éclat. Les médias sont en concurrence avec les innombrables médias virtuels, qui vont des groupes Facebook aux chaînes YouTube en passant par les forums de discussion et applications de messagerie instantanée. Mais en perdant la mainmise sur l’échange d’idées, on a hélas aussi éliminé la sélection et la hiérarchisation des expressions. Le scientifique qui a travaillé sa vie durant sur un sujet se trouve mis sur un pied d’égalité avec le simple passant."

 

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La psychanalyse prétend liquider le trouble par la conscience que l’on prend de la situation qui en est l’origine. C'est une pétition de principe complètement artificielle et gratuite. Rien ne prouve que la résolution d'un trouble passe par la compréhension de sa cause dans le passé.

Je pense, tout au contraire, que cette résolution passe par son dépassement en en comprenant l'insignifiance par rapport à une belle et noble raison d'exister que l'on se donne, par rapport à un bel et noble projet que l'on décide de servir.

 

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La pensée de Hegel s'ancre, dès 1799, dans deux thèmes essentiels qui le démarquent du reste de la philosophie de son temps : celui de penser le Réel comme Vie en marche, comme processus, et celui de considérer la spiritualité comme le pont (non pas rationnel, mais intuitionnel) entre la vie finie et la Vie infinie.

 

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Libérer de l'énergie, c'est forcément détruire ce qui la retenait !

 

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Chaque culture exprime et manifeste l'Esprit dans sa propre langue.

Les bassins socioéconomiques et culturels (les huit "continents") sont, en fait, des bassins linguistiques (indo-européen - subdivisé en anglo-saxon, ibérique, slavon et germanique -, hindi, chinois, lingala et arabe).

Ainsi, aussi, se retrouvent les huit grandes traditions spirituelles et religieuses : anglicanisme, protestantisme, catholicisme, orthodoxie, hindouisme, taoïsme, animisme et islamisme.

 

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Le 14/09/2019

 

De Goethe

 

"Quel est le meilleur gouvernement ?

Celui qui nous apprend à nous gouverner nous-mêmes."

 

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Le 17/06/2019

 

La médecine a grand besoin d'être révolutionnée tant dans ses conceptions (la vision complexe holistique est indispensable contre les mauvais effets de la conception analytique et mécaniste) que dans ses pratiques (notamment, la pratique d'une médecine à distance grâce aux algorithmes et à la numérisation - moi qui vit dans les collines sauvages du Morvan, en Bourgogne profonde, je sais que les médecins de campagne n'existeront bientôt plus et que, vieillissement de la population aidant, ce sera vite - c'est déjà - une vrai problème).

 

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Il faut combattre pour la Régularité maçonnique et, au-delà du brouhaha médiatique, idéologique et politico-affairiste des pseudo-obédiences non-maçonniques (GO, DH, etc …), faire rayonner la Franc-maçonnerie authentique, spirituelle et traditionnelle telle que nous l'avons héritée des œuvriers des chantiers gothiques.

Surtout, ne pas croire que la vocation maçonnique soit de changer les hommes, la société ou le monde, et bien voir que cette vocation est d'illuminer les âmes, les esprits et les cœurs afin que les initiés deviennent des foyers d'Esprit.

 

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Nous sommes déjà entré dans une logique de pénuries de toutes les ressources matérielles. Les ressources renouvelables ne couvriront, au mieux, que 20% des besoins actuels de l'humanité (la démographie doit s'inverser et redescendre sous la barre fatidique des 2 milliards d'humains dans les deux siècles qui viennent). Nous devons, d'urgence, inventé une économie de la frugalité construite non sur le prix bas et la quantité, mais sur le vraie valeur d'utilité et la qualité.

 

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De Bergson :

 

"Le temps c’est ce qui fait que tout ne soit pas donné tout d’un coup –

il retarde ou il est, plutôt, retardement".

 

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Du poète roumain Miron Radu Paraschivescu :

 

"L’homme est esprit ou rien."

 

Et aussi :

 

" Rien n'est plus opposé à une vérité que ce qui ressemble à la vérité.

L'ennemi de la vérité n'est pas le mensonge, mais l'apparence de la vérité."

 

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De mon ami Michel Maffesoli :

 

"(…) s’esquisse sous nos yeux un monde réenchanté, accepté pour ce qu’il est."

 

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D' Illios Kotsou :

 

"Cultivons notre liberté intérieure. Une liberté qui nous offre le choix de nos comportements face aux difficultés de la vie au lieu d’un pilotage

automatique. Une liberté qui nous autorise à nous réjouir du présent, de ce que nous avons quand il nous est difficile de modifier notre vie."

 

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Le 18/06/2019

 

De Michel Maffesoli :

 

" Vieille histoire qui toujours se rejoue des clercs de service croyant possible de dénier ce qui est, afin de sauvegarder l’admirable perfection de leurs dogmatiques !"

 

Conflit éternel entre phénoménologie et idéologie.

Ce même très bon ami définit l'esthétique comme le domaine couvrant "le frivole, l’émotion, l’apparence …".

Cette définition me convient parfaitement car elle me permet de faire comprendre pourquoi l'esthétique (l'Art …) ne m'intéresse pas.

Je n'ai pas de temps à perdre avec le frivole ; je déteste l'émotion qui est le niveau zéro (reptilien) de la sensibilité ; je veux dépasser l'apparence (le phénomène) et atteindre le Réel (le noumène).

 

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Notre époque confond, à grand tort, l'hédonisme (quête permanente du plaisir) et l'eudémonisme (quête permanente de la joie en vue de la béatitude).

Comme on le sait, depuis les stoïciens surtout, la logique du plaisir mène à l'esclavage.

En ce sens, la "socialité" repose sur le "plaisir" diffus et primaire d'un "être-ensemble" qui procure des émotions reptiliennes de puissance, de sécurité ou d'appartenance. Cette "socialité", au niveau des masses, est une drogue : il faut s'amuser ensemble, il faut se regrouper face au spectacle navrant des shows divers, il faut communier en médiocrité (et en méchanceté) dans les "réseaux sociaux".

 

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Comme n'importe quel thermodynamicien le sait, il n'existe pas d'énergies renouvelables et l'énergie solaire (surtout transformée en vent) est à un niveau d'entropie tellement mauvais que tous les rendements de conversion en électricité sont déplorablement bas, et toujours en dessous du seuil minimal de rentabilité. Il faut cesser de dire des bêtises !

 

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L'idée de "Tradition" est aussi vitale que difficile. Il ne faut jamais la confondre avec celle de "folklore", avec celles de "conservatisme" ou "réaction" ou "immobilisme",  avec celle de "nostalgie", etc …

La Tradition n'est pas le culte du passé pour le passé (ce "bon vieux temps" qui n'a jamais existé), mais plutôt la fidélité vivante à une généalogie assumée.

 

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L'activité consciente que l'on peut simplistement nommer "ego" est le point d'affrontement des quatre liens fondamentaux de l'esprit : sa généalogie (l'identité), sa téléologie (la spiritualité), son écologie (sa naturalité) et son axiologie (son intellectualité).

Le nihilisme revient à briser ces quatre liens et à affirmer le solipsisme de l'ego enfin "libéré" de ses chaines, enfin "émancipé" de son champ de contraintes.

Deux variantes s'y exprimèrent, l'une partant de l'ego individuel (l'individualisme), l'autre partant de l'ego collectif (l'humanisme).

 

Ce processus visant "libération" et "émancipation" commença, en occident, depuis le 15ème siècle et s'accéléra au mitan du 18ème siècle ; il s'appelle la "Modernité". Le but en est était le culte absolu de l'ego "hors sol", individuel et collectif.

Aujourd'hui, cette voie s'est révélée être une impasse catastrophique, tant au plan naturel qu'au plan culturel.

 

Ce n'est donc pas un hasard si, dans nos sociétés "nihilisées", on voit quatre "renaissances" : celle du lien et du retour à la Nature (écologie), celle de l'affirmation des différences et des identités, qu'elles soient individuelles ou collectives, naturelles ou culturelles (généalogie), celle des quêtes et renouveaux spirituels (téléologie) et celle des valeurs, des principes, des morales et des connaissances (axiologie).

 

Cela signifie que l'ego n'est plus du tout la réalité centrale de chacun, mais seulement le lieu de conscience où chacun se relie à la quadruple réalité de son monde.

Cette destitution, ce détrônement, cet effondrement de l'ego sont, évidemment, mal vécus par beaucoup que le nihilisme ambiant avait convaincu qu'ils étaient les petits princes gâtés du monde, autorisés à tous les caprices et à toutes les colères,  possédant tous les droits sans en avoir les devoirs. Le culte du "moi" est mort, l'égotisme s'effondre et tous les égocentrés, purs produits de la "Modernité libératrice", s'en offusquent et se rebiffent. Mais il est trop tard. Le nouveau paradigme se fera sans eux, contre eux, au-dessus d'eux.

 

Et comme toujours, lorsque "renaissance" il y a, il y a abus par naissance ou renaissance de nouveaux fanatismes identitaires, religieux, écologues ou moralistes. L'authentique "renaissance", aujourd'hui nécessaire, n'est pas celle d'une seule des quatre dimensions poussée à l'extrême (ce qui n'est, au fond, qu'un dernier et désespéré chant du cygne de l'ego), mais bien celle des quatre reliances concomitantes et harmonieusement équilibrées.

Le problème n'est plus d'exprimer l'ego autrement ; le problème est que l'homme doit retrouver sa juste place dans le monde, inscrit et inséré dans le monde, au service de la Vie et de l'Esprit.

 

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Le 19/06/2019

 

Yuval Noah Harari …

Un sacré historien !

Un piètre prospectiviste !

 

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La prospective n'exprime jamais ni ce que l'on voudrait qu'il advienne, ni ce qui va réellement advenir ; elle exprime seulement ce qu'il faudra affronter et quelles en sont les stratégies possibles.

 

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La thermodynamique le veut (la croissance néguentropique exige de la consommation énergétique), pour vivre, l'humanité doit détruire (donc tuer).

Il faudrait désigner par l'idée de "civilisation", le fait de détruire le moins possible et le plus respectueusement possible. Or, c'est l'inverse qui se passe, partout dans le monde : on détruit le plus possible et sans le moindre respect.

 

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De Klages (écrit en 1913 dans "L'homme et la Terre") :

 

"Peu importe de savoir si la vie dépasse la sphère des individus ou non, si la Terre, comme voulaient bien le croire les anciens, est un être vivant ou bien alors, de l'avis des modernes, un amas inerte de "matière morte"; car une chose est claire, c'est que, quel que soit le paysage, le jeu des nuages, les eaux, la profusion des plantes et l'agitation des animaux produisent un  Tout profondément émouvant qui embrasse l'individu vivant comme au sein d'une arche, l'incorpore en l'entrelaçant dans le grand devenir cosmique."

 

Sans parler des très pertinentes diatribes de Klages contre le modernisme, l'industrialisme, l'humanisme et le progressisme, cette vision holistique du Réel est tout-à-fait avant-gardiste. On peut presque dire de Klages qu'il est un des précurseurs ou fondateurs de la mouvance deep ecology. Mais il est aussi une preuve flagrante que, dès la fin du 19ème siècle, la pensée écologique s'enracine à droite, dans le traditionalisme, le romantisme et l'antimodernisme les plus durs, les plus aristocratiques.

 

A l'inverse, le socialo-gauchisme a toujours été l'ami du progressisme, de l'économie de masse, du productivisme, de l'industrialisme, de l'anthropocentrisme, de l'antinaturalisme. Il ne s'est vaguement intéressé à l'écologisme que très récemment, avec des visées purement électoralistes, dans le but évident de le récupérer … en inventant cette imposture oxymorique que l'écologie est forcément de gauche.

Le jour où la populace sera respectueuse de la Nature, les poules auront des

dents : pour elle, la Nature, c'est la chasse et la pêche viandardes, la moto et le quad, etc … Et ne parlons pas de la majorité des paysans pour lesquels l'agriculture et l'élevage (qui ne sont en rien naturels) ne sont que des moyens de faire du fric à tout prix.

Le tourisme de défoulement (celui des masses) est incompatible avec le tourisme de ressourcement (celui des élites).

 

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Le 22/06/2019

 

De Peter Sloterdijk :

 

"Le cynisme est la fuite en avant de la mauvaise conscience".

 

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Le  24/06/2019

 

Les réactions négatives et dissuadantes que subissent, de la part de leur entourage, ceux qui choisissent d'emprunter la voie entrepreneuriale, sont typiques de l'incapacité du peuple français de comprendre que c'est l'économie et non la politique qui mène le monde et que l'économie, ce sont des entreprises indépendantes pilotées par des entrepreneurs autonomes.

Les Français ne comprennent rien à l'économie et à son éthique. Ils ne connaissent et ne reconnaissent qu'une relation de soumission plus ou moins rebelle envers l'Etat qui a remplacé dans ce rôle, l'Eglise depuis 1870. La "Mère-Patrie" (mère et père en même temps) entend de ses "enfants de la Patrie" qu'ils soient dévoués et obéissants, rivés à son giron bureaucratique et fonctionnaire.

Il y a, en France, un véritable culte de l'Etat et de ses pseudopodes tentaculaires, une révérence absurde, mais profonde, envers les signes et manifestations du pouvoir républicain.

La devise française est certainement la plus fausse et faussée de toutes : Liberté - Egalité - Fraternité sont des mots choisis qui masquent la réalité française et qui devraient s'énoncer : Sécurité - Médiocrité - Socialité.

Devenir un entrepreneur, en France, c'est s'afficher en opposition franche avec le vieux fond du socialo-gauchisme qui vicie l'atmosphère économique française depuis le philosophisme du 18ème siècle. Il y a, en France, un immense ressentiment contre les "riches", contre les "élites", contre ceux qui ne vivent pas, qui ne veulent pas vivre, comme la masse des assistés -salariés-fonctionnaires.

Pour le Français moyen (ce qui est un pléonasme), un entrepreneur n'est pas un créateur d'activité et un preneur de risques personnels, c'est forcément un exploiteur, un esclavagiste, un menteur, un fraudeur, un magouilleur … et, plus grave que tout : un "capitaliste".

Face à la bien-pensance bobo/socialo-gauchiste/baba-cool/"gilet jaune", l'entrepreneur est un mal-pensant indécrottable !

Au pays des larves, les créateurs sont maudits !

 

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Au cœur de l'Esprit de tout humain, la Conscience est ce lieu flou, discret, mystérieux où se nouent et se dénouent toutes les relations avec les mondes alentour, tant intérieur qu'extérieur, tant passé que futur.

 

Par la Mémoire, le monde passé pousse l'Esprit à suivre une voie profonde, ancrée dans le vécu, dans tout ce qui a été accumulé au fil des jours et qui vient s'ajouter à tous les héritages naturels et culturels qui donnent identité à celui qui les porte.

 

Par la Sensibilité, le monde extérieur stimule l'Esprit en l'abreuvant, sans cesse d'informations brutes, phénoménologiques, expérientielles au travers des cinq sens classiques, bien sûr, mais aussi de ce sixième sens encore si peu connu qui appréhende le monde extérieur globalement, holistiquement et qui s'appelle l'intuition, faute de mots plus précis, plus adéquats.

 

Par l'Intelligence, le monde intérieur active l'Esprit et le connecte au Logos qui est l'ensemble des grands principes immanents et universels qui gouvernent le Réel : principe d'unité, principe de simplicité, principe de cohérence; principe d'optimalité, etc … Principes intrinsèques, qui tissent la texture profonde de tout ce qui existe à l'extérieur et à l'intérieur de soi.

 

Par la Volonté, le monde futur attire l'Esprit à découvrir les chemins de la plus grande Joie intérieure que certains nomment "Béatitude" et qui, au fond, ne sont que la voie de l'authentique accomplissement de soi, de la véritable réalisation de toutes les potentialités positives que chacun porte en soi.

 

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il n'y a pas de différence de nature entre le corps et l'âme (ou l'esprit, ou la conscience) ; l'âme et le corps sont deux modalités complémentaires d'une seule et même entité que le Réel fait émerger de lui avant de l'engloutir à nouveau. Aucun être humain ne possède une quelconque existence en soi ; chacun n'est qu'une vague locale et éphémère à la surface du Réel. Le Réel s'exprime et s'accomplit à travers "moi". Je suis cet accomplissement même. Ou, plus précisément : je suis cette contribution locale à cet accomplissement cosmique. Et c'est cette notion de "contribution" qui est mienne, qui peut fonder toute ma spiritualité et toute ma moralité. Elle constitue ma vocation, ma mission, ma raison d'exister.

 

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La modernité est devenue une impasse délétère et mortifère. Elle tue la Vie et l'Esprit en brisant la Matière.

 

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La notion du Sacré intervient puissamment ici. Le Sacré est le nom du chemin que la Spiritualité emprunte pour atteindre le Divin.

Le Sacré est le chemin.

La Spiritualité est le moteur.

Le Divin est la destination.

 

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Je suis au service de l'accomplissement cosmique. Tout "je" n'a qu'une seule bonne raison d'exister : contribuer au mieux à l'accomplissement du Tout, c'est-à-dire de la Matière, de la Vie et de l'Esprit qui en sont les trois strates constitutives, de complexité croissante.

La vie humaine ne prend sens que si elle se met au service d'une réalité qui la dépasse infiniment.

 

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Le Divin, ce n'est pas le Dieu personnel que présentent les religions que l'on croit monothéistes. Ce n'est pas le vieux Barbu tout de blanc vécu, assis sur son beau nuage, entouré de chérubins chantant cantiques, et tirant les ficelles de cette marionnette pantelante que l'on nomme "humanité".

Le Divin, dans l'acception la plus générale que la métaphysique et la théologie puissent lui donner, est le Réel absolu qui contient, englobe, transcende, engendre et sanctifie tous les réels partiels vécus par tout ce qui existe en Lui.

Le Divin est, en abstraction, encore au-delà du Dieu d'Eckhart de Hochheim, de Jean Scot Erigène, de Spinoza, de Leibniz, de Teilhard de Chardin, d'Einstein, c'est le Eyn-Sof de la Kabbale, c'est le Tao de Lao-Tseu, c'est le Brahman du Védisme ou le Shiva des Agama, c'est le Grand Architecte de l'Univers des Francs-maçons réguliers.

 

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De Ludwig Wittgenstein :

 

"La meilleure des choses que l’on puisse faire pour améliorer le monde,

c’est s’améliorer soi-même."

 

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On lit, un peu partout, que "notre" modèle social-démocrate n'a pas réussi à satisfaire les aspirations égalitaires …

Mais a ces aspirations ? Les médiocres, évidemment. Les gens de qualité n'ont absolument pas d'aspiration à vivre à égalité avec ces crétins.

L'aspiration à l'égalité est la mégalomanie des minables.

 

Alexis de Tocqueville, sur ce sujet expliquait :

 

"Les peuples démocratiques (…) veulent l'égalité dans la liberté et, s'ils ne peuvent l'obtenir, il la veulent encore dans l'esclavage."

 

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Constat effroyable : 51% des Américains entre 18 et 29 ans ont une image positive du socialisme contre 45% pour le capitalisme.

Voilà qui démontre deux dangers :

  • le crétinisme augmente de plus en plus aux USA ;
  • le jeunesse américaine, celle des campus (où l'on n'étudie rien) et des rétro-activismes, est de plus en plus ignare, militante et pourrie (peu importe pour quoi l'on milite, pourvu que l'on milite spectaculairement).

 

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Toute la pensée occidentale repose sur l'opposition entre deux piliers très inégaux : l'un, le plus gros, est le platonisme, l'autre, bien fragile, est le romantisme.

Ce qui les oppose ?

Le rapport entre sensible et intelligible, entre corps et esprit, entre matière et forme, entre fait et idée, entre sujet et objet, entre phénoménologie et ontologie, entre l'apparence et le Réel, entre le perçu et le conçu, entre phénomène et noumène, entre l'humain et le divin, entre la partie et le Tout, entre "moi" et le Soi, etc …

Le platonisme, de son côté, opte pour une ontologie dualiste : le monde de la pureté idéelle d'où viennent les âmes, et le monde de la manifestation matérielle où se meuvent les corps.

Alors que le romantisme vise la totale réconciliation de ces deux pôles (en suite de Spinoza, par exemple) et tend à établir un monisme radical, une vision immanente du Divin, une esthétique de l'éthique (l'identification du Beau, du Vrai et du Bien).

 

En fait, il s'agit là, comme souvent en philosophie académique, d'un vrai faux problème. Il n'y a ni opposition, ni contradiction, ni conflit, ni irréconciliabilité entre le sensible et l'intelligible.

Le sensible est tout présent dans l'intelligible. L'intelligible est tout présent dans le sensible. La sensibilité est analytiquement sensitive et holistiquement intuitive ; l'intelligence est analytiquement logique et holistiquement anagogique.

Nous avons, ainsi, affaire non pas à une dualité irréductible, mais à un quadripôle dialectique. De la convergence entre ces quatre représentations va naître la cohérence qui tend vers l'inaccessible vérité, mais globalement de plus en plus proche.

Toujours cette pénible bévue myope : je (le sujet) ne suis pas "face" au Réel, mais je "la partie) vis intégralement "dans" le Réel, je l'exprime et je le manifeste pleinement. Le Réel vit tout en "moi" comme je vis tout en lui.

 

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Si l'on veut bien sortir des contes puérils de la vie éternelle d'une âme personnelle après la mort, la notion de Salut peut devenir intéressante et utile en tant qu'entrée dans le Divin (dans la réalité du Réel au-delà de toutes les apparences, de toutes les illusions, de tous les phantasmes, de tous les mensonges, de toutes les fables, de toutes les fuites, …).

Le Salut, alors, consiste à (re)devenir partie radicalement et pleinement intégrante et prenante du Tout-Un. Il se confond, alors, avec la Béatitude, avec l'Unio mystica, avec le Satori, avec le Ming, avec le Moksa, avec la Dévéqout, …

 

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La religiosité est-elle d'abord le lieu de la spiritualisation de l'homme face à la mort, à la souffrance et à la peur ; ou bien est-elle celui de la moralisation de l'homme face à ses semblables ?

Je penche pour la première hypothèse ; la seconde en étant la conséquence (exorciser les souffrances et peurs collectives).

 

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De Paul Claudel :

 

"Le bonheur n'est pas le but, mais le moyen de la vie."

 

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Il est clair que la montée des populismes, partout, en Europe (Grande-Bretagne, Italie, Pologne, Hongrie, Flandres belges, France, Pays-Bas, etc …), en Inde, aux Etats-Unis, en Thaïlande, etc … n'existe qu'en réaction à la tentative d'islamisation du monde.

Le problème est simple : tant que les musulmans voudront imposer leurs lois et leurs croyances aux non-musulmans, ils subiront des volées de bois vert, n'en déplaisent aux socialo-gauchiste et aux bobos islamophiles.

 C'est l'Islam qui fout la merde partout dans le monde. C'est l'arrogance et l'agressivité musulmanes qui empoisonnent les populations autochtones, un peu partout. Et il est temps que cela cesse. Et il est temps que les minorités musulmanes soit se plient aux lois, us et coutumes de leur pays d'accueil, soit retournent en islamie.

L'ennemi mondial unique, c'est la salafisme et, le cœur du salafisme, ce sont les Frères musulmans.

 

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De Luc de Barochez :

 

"La corruption, le népotisme et le cynisme éhonté des autocrates incitent les citoyens à secouer le joug en rêvant de lui substituer l'État de droit."

 

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Le 26/06/2019

 

Plus j'y songe et plus le système politique parfait me semble être celui pratiqué par toutes les Grandes Loges maçonniques régulières du monde.

Un réseau de Loges autonomes. Des responsables locaux, appelés "Vénérable Maître et Officiers dignitaires", désignés par cooptation. En tout, ne sont éligibles et électeurs que des Maîtres expérimentés. Instances de gouvernance administrative de la Grande Loge désignées par votes réservés aux Vénérables locaux. Reconduction et le cumul des mandats interdits. Etc …

 

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Jacobi énonce ce principe : la rationalité qui ne présuppose pas la vérité est une absurdité. "La raison (…) est le pouvoir de percevoir le vrai".

A mon habitude, je réfute l'idée de vérité et lui substitue celle de cohérence : la rationalité est la faculté de jauger la cohérence d'une représentation.

 

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L'imagination est cette faculté de ravauder la cohérence d'un ensemble en essayant des connexions nouvelles : l'imagination pallie les manque de cohérence, ainsi, devient un instrument de rationalité.

 

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L'éthique exprime l'effort fait pour vivre dans la cohérence du Réel, tant en soi qu'autour de soi.

 

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Ce que l'on appelle Dieu, n'est rien d'autre que la cohérence intrinsèque et immanente du Réel. On l'appelle aussi Logos, ou Grand Architecte du Réel.

 

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Jacobi, dans sa lettre à Fichte, démolit préventivement l'absurdité de l'existentialisme sartrien et des concepts ridicules de liberté absolue et de "l'homme qui se crée et décide de lui-même" qui n'est que :

"(…) cette volonté qui ne veut rien, cette personnalité impersonnelle, cette simple égoïté du Moi sans soi (…)".

L'homme ne prend sens et valeur que parce que, précisément, il est peu libre et que, pour s'accomplir, il doit s'inscrire dans ce qui le dépasse et le détermine.

La dualisme sartrien entre essence et existence est vide : l'un ne va jamais sans l'autre, comme le yin et le yang dans le taiji.

Affirmer que l'existence précède l'essence, revient à nier l'existence d'une mémoire cosmique dont tout ce qui existe émerge et participe.

 

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Jacobi, dans sa "Lettre sur le nihilisme", identifie strictement - et audacieusement - le nihilisme et l'idéalisme.

Il a magnifiquement raison.

Tout idéalisme conduit au nihilisme (c'est-à-dire à la réduction à rien de la réalité du Réel et de son principe d'absolue cohérence qui fonde tout ce qu'il y a de pensable). Tous les idéalismes modernes de l'émancipation et de la libération de l'homme n'ont conduit, en pure logique, qu'au nihilisme du 20ème siècle, c'est-à-dire à Verdun, à Auschwitz, à Hiroshima, à Kolyma, à Seveso et à Bhopal.

 

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Je ne crois pas en Dieu. Je vis en Dieu et Dieu vit par moi.

 

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Une question me taraude : qu'est-ce que les Juifs - donc le Judaïsme - ont bien pu symboliser aux yeux d'Adolf Hitler pour qu'il en conçoive une pareille haine ô combien mortelle ?

Certes, pour lui, le Judaïsme est l'antithèse absolue de sa propre doctrine, sa négation la plus profonde. Mais encore ?

La thèse centrale du "Parti national-socialiste des travailleurs allemands" n'est pas fondée sur le racisme. Son racisme radical en est seulement la terrible conséquence :  l'Untermensch est celui dont l'existence même nie la thèse nazie. Celle-ci entre donc en guerre totale contre sa propre négation incarnée par cet Untermensch incarné par le Juif, bien sûr, mais aussi par le slave, le tzigane, l'homosexuel, l'handicapé, etc … Mais là n'est pas le cœur de la doctrine ; seulement sa conséquence.

Le national-socialisme est d'abord un socialisme, c'est-à-dire une haine radicale du libéralisme et du capitalisme.

Le national-socialisme est ensuite un populisme c'est-à-dire le gardien et le promoteur du peuple allemand dans "sa pureté" (une invention moderne de Fichte - le Volksgeist -, construite par Bismarck, incarnée par le Kaiser Wilhelm II et écorchée vive par la défaite de 1918).

Le national-socialisme est enfin un antichristianisme rabique (qui a tenté, à ce titre, de phagocyter l'œuvre de Nietzsche, dont il a "oublié" le philosémitisme) qui prône un retour radical à la Nature et à ses lois (notamment darwiniennes).

Dans ce cadre-là, pour Hitler, le Juif symbolise, à la fois, le capitalisme (le riche usurier que combat le socialisme), le cosmopolitisme (l'exilé que rejette le populisme) et le biblisme (le prophète du Divin qui révulse l'antichristianisme).

Jamais Hitler ne serait parvenu - démocratiquement - au pouvoir sans la conjonction de deux phénomènes : l'incroyable imbécillité du traité de Versailles promulgué en 1920 et l'épouvantable crash boursier de 1929. La conjonction de ces deux calamités a condamné une bonne partie de la population allemande à la misère et au ressentiment qui furent le terreau fertile du nazisme dès le début des années 1930.

 

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La grande différence entre la philosophie grecque et la tradition juive (symbolisées respectivement par Athènes et Jérusalem) est que celle-là se base sur la raison (nourrie par le vécu) et que celle-ci se construit sur l'intuition (nourrie par la Torah). Ces deux voies ne s'opposent pas mais se complètent, au contraire, comme l'a si bien montré Philon d'Alexandrie.

De plus, les deux voies visent ce que Hegel appela la "conscience absolue" ou la "connaissance absolue" ; je dirais la "gnose".

 

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Le 27/06/2019

 

La Torah est l'expression, à la fois, de la Sagesse divine et de la Loi divine.

 

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De Julien Darmon :

 

"(…) la notion d'un ésotérisme semble consubstantielle à toute tradition spirituelle (…). L'ésotérisme (…) est immanent à toutes les traditions spirituelles."

 

Il y a la Lettre. Et il y a l'Esprit derrière la Lettre.

Il y a l'exotérisme dogmatique et populaire, et il y a l'ésotérisme mystique et élitaire.

Pour le mystique, il est vital de passer de la Lettre qui n'est que symbole, à l'Esprit qui est "vérité" indicible, mais qui devient vivante, vivifiante, vécue.

La Lettre est profane. L'Esprit est sacré. Et c'est le Sacré, qui est chemin vers le Divin, qu'il faut cultiver.

 

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Zacharie (14;9) :

 

"Et YHWH étant advenu pour Roi sur tout le Pays,

en ce jour, YHWH adviendra Un et son Nom Un."

 

Cette réunification divine (le tiqoun lourianique) dans l'unité sacrée signifie la réunion de l'immanence et de la transcendance divines, l'union de la Shékinah et de YHWH, du Royaume et de la Couronne.

 

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Le 29/06/2019

 

La philosophie, au fond, depuis toujours, pose deux questions.

Le première est celle de la métaphysique : quelle est la logique du Réel en tant que Réel ? … avec cinq sous-questions :

  1. la généalogie du Réel : son origine et son processus de développement.
  2. l'écologie du Réel : le rapport du Tout à ses parties.
  3. l'axiologie du Réel : son économie de l'optimalité, son esthétique.
  4. la téléologie du Réel : son intention et son accomplissement.
  5. le métabolisme du Réel : l'épistémologie de la physique fondamentale

Le seconde est proprement philosophique (en suivant Pierre Hadot) : comment bien vivre ? … avec cinq sous-questions :

  1. la généalogie de soi : mon identité profonde,
  2. l'écologie de soi : mon rapport au monde et aux autres.
  3. l'axiologie pour soi : mon éthique et la gnoséologie
  4. la téléologie pour soi : ma raison d'exister et le sens de ma vie.
  5. la noologie de soi : ma conscience et l'ici-et-maintenant.

 

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Au-delà des réductionnismes et des matérialismes de la biologie mécaniste et du biochimisme génétique, il est urgent de fonder une authentique et sérieuse biotologie en tant qu'étude de la vie, vue par la physique des processus complexes.

Symétriquement, au-delà des impostures et des charlatanismes du psychologisme et du neuroscientisme, il est urgent de fonder une authentique et sérieuse noologie en tant qu'étude de l'esprit, vu par la physique des processus complexes.

 

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De Gérard Bonner :

 

" Le monde est devenu fou, nous le constatons tous un peu chaque jour. Nous sommes accablés par un déferlement continu de fake news et de théories du complot, par la haine ordinaire sur les réseaux sociaux, par la radicalisation des points de vue, au quotidien, en famille, sur les routes, au travail… D’une façon générale, le ton monte, dans un mélange de fébrilité, de versatilité, et sans grand respect pour l’Autre. La situation est telle que la défense de la rationalité dans le débat public est souvent inaudible, voire impensable."

 

Nous vivons une délétère époque de post-rationalité ! Une époque qui voit, catastrophiquement, triompher l'émotion c'est-à-dire l'échelon le plus bas de la sensibilité.

Ecrire un jour : "La tyrannie des émotions" …

 

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De Julien Darmon :

 

"La Torah étant l'essence du monde et de l'histoire, depuis la Création jusqu'aux temps messianiques et au-delà, et la kabbale formant l'âme de la Torah dont le savoir talmudique est le corps, l'étude et la diffusion du savoir kabbalistique constituent donc le moteur et la finalité de l'histoire."

 

Je transcrirais de manière moins grandiloquente : " La Torah étant l'essence de la Tradition juive - le monde et l'histoire juifs -, depuis la Création jusqu'aux temps messianiques et au-delà, et la kabbale formant l'âme de la Torah dont le savoir talmudique est le corps, l'étude et la diffusion du savoir kabbalistique constituent donc le moteur et la finalité de l'histoire juive."

Voilà qui répond à cette question lancinante : qui est Juif ? Est Juif celui qui affirme que la Torah est l'Essence de la Tradition dont le Talmud est le Corps et dont la Kabbale est l'Âme.

 

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Avec Isaac Louria Ashkénazi, la Kabbale classique (dite aussi zoharique) qui était mystique et métaphysique, devient cosmologique et messianique. La modernité y fait son trou. Il s'en suivit les délires de Sabbataï Tzvi et de Jacob Franck.

 

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Toutes les traditions monothéistes affirment la création du monde par un démiurge extérieur à ce monde, éternel et immuable, selon le discours platonicien. Ce dualisme ontique pose une question : pourquoi ce démiurge aurait-il décidé, à un moment donné, de créer le monde ?

Il est assez évident que cette question est une aporie définitive et absolue dont la conséquence immédiate est double : ce dieu personnel et démiurgique extérieur au monde n'a aucun sens et l'univers réel (le Réel) est éternel (sans origine et sans fin).

Tout dualisme ontique est une absurdité métaphysique : si ce dieu démiurge a besoin de créer le monde, cela signifie qu'il n'est ni parfait, ni immuable, ni omnipotent (le monde est intrinsèquement imparfait). Et toutes les pirouettes théologiques n'y changeront rien : le Dieu personnel revendiqué par le judaïsme, les christianismes et les islamismes exotériques n'existe tout simplement pas. Le Divin réel est bien au-dessus et bien au-delà de ces fables puériles.

La seule issue à ces apories est le panenthéisme qui est un monisme, un processualisme, un intentionnalisme, un spiritualisme et un immanentisme.

 

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L'énergie mesure l'activité ; mais, à sa manière, le temps qui passe, l'exprime.

Là où il ne se passe rien, il n'y a pas de temps.

Au commencement était l'activité.

Et il n'y a de l'activité que s'il y a une plénitude à accomplir.

 

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De Friedrich Nietzsche :

 

"La conscience ne torture que les consciencieux."

 

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On a assez bien compris les lois analytiques de l'univers. Mais on n'en a pas encore compris les lois holistiques.

 

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Que peuvent les élites contre l'ignorance et la bêtise des masses ?

La démocratie théorique repose - malheureusement - sur un postulat faux : celui de la capacité des masses à comprendre la réalité du Réel et à en tirer les décisions et comportements adéquats.

Ce postulat étant sempiternellement nié par les faits, la démocratie pratique est nécessairement devenue une démagogie où les ambitieux manipulent les masses pour atteindre la fortune, le pouvoir et la gloire.

Les élites vraies qui, elles, connaissent, comprennent et assument la réalité du Réel, ont en face d'elles deux ennemis : les masses et les manipulateurs.

Lorsque les enjeux sont véniels, ces élites se taisent ou donnent un avis lorsqu'on leur en demande un.

Face aux enjeux mortels comme l'effondrement du système humain, comme l'effondrement de la Vie du fait de la cupidité des manipulateurs ou de l'avidité des masses, comme l'effondrement de l'Esprit par la puissance des mensonges des manipulateurs et la tyrannie des émotions primaires chez les masses,  face donc à ces enjeux mortels, que peuvent les élites authentiques ?

 

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Le 30/06/2019

 

Face aux menaces d'effondrement de l'espèce humaine et, plus généralement, de la Vie sur Terre, la question centrale n'est pas de l'éviter ou de le combattre afin de "sauver" l'humanité d'une mort qui ne sera tragique pour rien ni personne.  Il s'agit d'œuvrer pour minimiser la "souffrance" au long de ce processus catastrophique. C'est afin d'éviter ces souffrances prévisibles et, souvent, dramatiques, qu'il faut, dès à présent, agir et choisir les voies minimalistes de la frugalité et de l'intériorité. Si, en prime, ces voies permettent de "sauver" une part de l'humanité et de lui assurer une survie dans un monde transformé, doté d'un nouveau paradigme, alors … tant mieux.

 

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Outre quelques prémisses esquissés dans le Talmud sous les noms de Ma'assé B'rèshit et de Ma'assé Merkabah, le corpus ésotérique de la Tradition juive se décompose en trois branches assez différentes.

Il y a la branche alexandrine, issue du Séphèr Yètzirah et travaillant essentiellement la combinaison des lettres.

Il y a la branche zoharique, issue du Séphèr ha-Bahir (provençal) et du Séphèr ha-Zohar (catalan) et travaillant essentiellement l'Arbre séphirotique et ses dix "figures".

Et il y a la branche messianique, issue des enseignements d'Isaac Louria Ashkénazi et travaillant essentiellement une cosmologie eschatologique et la métempsychose.

Cette troisième branche est la plus populaire et la plus connue (assaisonnée de quelques relents de magie et de mysticisme), mais, à mes yeux, elle a bien moins d'intérêt face aux deux autres dont les enseignements mystiques et les méthodes herméneutiques sont bien plus profonds.

 

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Les questions sotériologique (le "salut" personnel) et eschatologique (la "fin des temps") ont parcouru toutes les traditions spirituelles, avec plus ou moins d'intensité.

Ces questions sont absentes de la Torah et très peu présentes dans la Bible hébraïque (sauf chez quelques prophètes comme Isaïe ou Malachie). En revanche, elles sont centrales pour le christianisme et l'islamisme.

Ces deux questions portent sur la (ré)unification, respectivement personnelle ou collective, de l'humain et du Divin.

Pour ma part, je ne crois pas du tout en quelque eschatologie que ce soit et à quelque réunification globale du genre humain avec le Divin (je suis infiniment plus nietzschéen que teilhardien). Selon moi, il n'y aura aucune "fin des temps" messianique et le monde humain continuera sa marche impie et profane jusqu'à sa propre extinction ou son propre effondrement.

En revanche, je crois profondément que l'initiation et l'ascèse spirituelles (par quelque voie ou technique que ce soit) peut aboutir, par extase ou illumination ou révélation, à cette réunification personnelle partielle ou totale (l'unio mystica, le ming, le satori, la dévéqout, le moksha, etc ..)

 

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D'Anselme de Cantorbéry ("Proslogion" p.57) en parlant du Divin absolu :

 

"Mais il est sûr que tout ce que tu es, tu ne l'es par rien d'autre que toi.

Tu es donc la Vie même dont tu vis, la Sagesse dont tu sais, (…)"

 

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Surtout ne pas confondre "démiurgie" (pratique magique de fabrication de créatures en imitation du dieu créateur des mondes) et théurgie (pratique magique de mise en relation des mondes terrestres et célestes).

Ces deux pratiques sont des déviances et des perversions de la démarche spirituelle, mystique et initiatique.

Elles sont formellement condamnées par la Torah.

 

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La question de la prière est aussi une constante des traditions spirituelles.

Qu'est-ce que la "prière" ? En quoi peut-elle être "efficace" ?

Si l'on se réfère aux religions, monothéistes ou autres, qui relèvent encore des anciennes visions anthropomorphiques (un dieu personnel qui, à l'instar des hommes, écoute, entend, regarde, voit, décide, agit, accepte, refuse, récuse, exauce, aime, déteste, …), la "prière" - stéréotypée, standardisée et ritualisée) a un sens et est censée être efficace "par la grâce de Dieu".

En revanche, si l'on s'intéresse à des traditions spirituelles un peu moins puériles, l'oraison ("prière méditative centrée sur la contemplation divine" - TLF) peut devenir un exercice spirituel à large spectre, allant de l'autohypnose extatique à la méditation mantrique. L'efficacité de l'oraison, alors,

se mesure à la même aune que toutes les autres techniques initiatiques pour réaliser l'union de l'humain avec le Divin.

 

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La question de la "prophétie" mérite aussi d'être … questionnée (voir mon : "Les Prophètes" - Ed. JMG - 2019). Trop souvent, on se trompe en disant ou croyant qu'un prophète prédit l'avenir. C'est totalement faux. La prophétie est un don spirituel de haute conscience qui implique une reliance vaste et profonde avec la mémoire et l'évolution d'une communauté, et qui prévient que, si le meilleur n'est pas tenté, le pire s'imposera. Ce pire et ce meilleur sont évidemment déclinés en fonction du lieu et du moment concernés.

 

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Chaque âme personnelle est une expression locale et temporaire de l'Âme divine c'est-à-dire de la puissance d'intention vers l'accomplissement. L'âme est ce qui anime de l'intérieur tout ce qui existe, elle est la raison d'exister, la vocation profonde, la mission existentielle.

Les religions dualistes et platoniciennes croient en l'immortalité de l'âme personnelle comme fragment de "l'autre monde" parfait, incorruptibles et immuables. Il n'en est rien : les âmes personnelles sont mortelles, même si l'Âme cosmique est éternelle et, même, intemporelle.

Plus gravement, bien des humains n'ont pas réussi à trouver leur âme qui, dès lors, n'a jamais été activée. De plus, les humains, dans leur immense majorité, croient qu'ils sont seuls à posséder une âme alors qu'en fait, tout ce qui existe est animé par une raison d'exister, donc par une âme.

Entre l'Âme cosmique ou divine, unique, globale, éternelle et immortelle, et les âmes personnelles, locales, temporaires et mortelles, il existe des âmes intermédiaires, collectives et vivantes, que le langage humain appelle des "Traditions".

Les âmes personnelles qui participent d'une Tradition authentique, participe donc d'une tout autre temporalité.

Mais il faut y prendre garde : sur la double et longue échelle qui part de l'âme personnelle et qui monte jusqu'à la plénitude transcendante de l'Âme divine et descend jusqu'aux fondements immanents de celle-ci, il existe de nombreux niveaux spirituels intermédiaires, plus ou moins durables, plus ou moins bénéfiques, plus ou moins efficaces. Certaines Traditions sont même destructrices, délétères, maléfiques ou létales.

 

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La spiritualité n'est rien d'autre que le chemin d'accès au monde des âmes.

 

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La pratique spirituelle des kabbalistes vise, souvent, à faciliter le "venue du Messie", ce "Messie" étant en fait le chemin d'unification entre l'humain et le Divin. Si, comme je le fais, on exclut les fables eschatologiques, on doit donc parler d'un Messie intérieur qui ouvre et active l'âme personnelle pour la mener à l'union mystique.

Le "Messie" n'est pas une personne ; il est un processus, à la fois, de libération, de révélation et de purification. C'est cela que le christianisme paulinien n'a jamais compris.

 

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L'union mystique - la "réparation" (tiqoun) selon la terminologie lourianique - est, tout à la fois, une "délivrance" des chaînes de l'illusion, de l'apparence, des esclavages intérieurs et des idolâtries, et la "fin de l'exil" : celui de l'homme éloigné de la sacralité et de la divinité, et celui de la Shékinah - la "présence" immanente du Divin dans le monde de la manifestation.

 

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NOUVEAU (depuis ce 2/4/2019) : Le Tome 19 "De l'Etre au Devenir" est en ligne (370 pages à télécharger gratuitement).